
Des pigments végétaux qui réagissent à la lumière de la lune ou du soleil. Des poussières d’images photographiques déposée à même la pierre et l’argile crue. Des brindilles, des rochers, des fragments de paysage, un travail d’extraction, de traces et d’empreintes. Des images évanescentes comme la mémoire qui s’érode, des paysages brûlés par la chaleur du désert, l’éclat de la mer entre deux bâtiments. Le travail de Delphine Wibaux, solaire, tellurique, convoque la poussière, la pluie, la lumière, le vent, la chaleur.
L’artiste met en place différents dispositifs de captation venant recueillir les empreintes du monde. Ses photographies anthotypes comme ses céramiques résultent d’un patient processus où se tressent la temporalité des différents matériaux qui les composent ; le temps du végétal et de ses pigments changeant au fil des jours, des mois et des années, le temps géologique de la pierre et de l’argile. La temporalité du soleil, dont la trajectoire au dessus du toit de l’atelier rythme l’apparition des images. Mais aussi le temps humain de l’artiste ou du visiteur qui rencontre ces objets. Le regard, la mémoire et la matière sont ainsi ce qu’elle appelle les « témoins souples » de ces images passant devant nous «plus lentement que le passage d’un nuage, mais plus vite que la naissance d’une ride», selon ses propres mots.

Pour Delphine Wibaux, dessiner avec la lumière, la poussière et le temps est un art de la notation et du signe, fait de fossiles de gestes et d’alchimies colorées. Par sédimentation, frottement, caresse ou souffle, le monde trace constamment des lignes tout autour de nous. D’un projet à l’autre, l’artiste produit des surfaces d’inscription destinées à recueillir ces messages invisibles, fabrique des moyens de captation sensibles, cherchant à fixer sous différentes formes les signaux du monde, qu’ils soient terrestres ou célestes. Dotée d’un pouvoir de révélation, l’œuvre devient sonde, réceptacle de ces images qui s’incarnent. Même transformées en monochrome, parfois érodées par le passage du temps jusqu’à une quasi-abstraction, les images de Delphine Wibaux restent porteuse des traces résiduelles du paysage dont elles sont issues.

Face à ces images-sillages qui vont et viennent, nous n’avons d’autre choix que d’accepter leur éphémérité. L’artiste accepte ainsi cette ignorance face à ce qui va advenir, l’oublie, pour mieux accueillir ensuite la puissance des métamorphoses qui en découlent, laissant place à l’émergence de nouvelles visions, notamment dans sa série des Doubles absorptions, qui joue sur l’apparition d’une deuxième image après la disparition de la première.
Si ces temporalités ancrent les œuvres de Delphine Wibaux dans un temps bien plus vaste que celui de l’humain, l’échelle spatiale est souvent quant à elle à la mesure du corps. L’artiste affirme ainsi les sens humains comme boussole interne, mode de relation au monde. Subtils et sensibles, ses travaux nous placent dans un état d’attention au monde nous invitant à capter ce qui souvent sort de notre champ de perception.

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